Qu’en est-il de nos équilibres stratégiques spatiaux en 2007 ?
D’abord pour se faire ne serait-ce qu’une petite idée, il faut ingurgiter une sommes de documents d’expertises contradictoires, et très techniques. Faisons le tour du probable possible et ne restons que dans le segment spatial qui est notre fond de commerce.
La chronologie qui arbitre l’histoire se décline en : avant et après 1992 (changement de régime en Russie), avant et après le 11 septembre 2001 (attaque kamikase sur les USA), et nos jours.
On va retrouver les héritages des accords SALT-II d’avant 1992, des accords de Moscou d’avant sept 2001, et l’actuelle crise dite de ABM Européens, (dans laquelle, au passage, l’Europe n’a pas son mot à dire).
Mais au fait quelle est la situation en 2007 ?
Il y a les bombes atomiques (nucléaire et thermonucléaire), que nous désignons sous le terme d’ogive, puis le compartiment de la charge utile, qui est le cône d’emport de la fusée et dans lequel de nos jours on place une à dix ogives (bombe atomique), il y ala portée de la fusée : courte, moyenne, intermédiaire, inter-continentale. Bien entendu il y a la puissance de la bombe, en général de 100 à 500 kt (équivalent TNT) ; la bombe qui a détonné sur Hiroshima en 1945 avait une énergie de 20 kt. Il y a encore la garantie de précision, CEP, entre 100 et 500 mètres pour tous les types de missiles. Arrêtons nous là et faisons le compte connus en 2007.
Tir thermonucléaire US Castel Romeo 1954. (Doc AIEA).

USA 1225 fusées ICBM pouvant porter jusqu’à 5966 ogives (2005).
Russie 955 fusées ICBM pouvant porter jusqu’à 4380 ogives (2005).
Voyons plus en détails. Les fusées ICBM peuvent être placées en veille active (armée et cible désignée) ou en maintenance. Elles peuvent être basées en site fixe ou mobile, terrestre ou maritime, les armes aériennes ne sont pas comptées dans cet exercice, missiles de croisières compris.
Les ICBM peuvent être protégées dans des silos (sous terrains) durcis, ou protégées dans un abri mobile (véhicule tout terrain) et enfin sur des plateformes mobiles sous marines.
Bon, mais comment s’en sert-on et pourquoi ?
On peut se placer dans le scénario du premier attaquant. On parle alors de "Première Frappe" celle qui en principe casse le dispositif de contre-force adverse. En clair on coule tous les sous marins, on détruit tous les silos, et on neutralise les plateformes mobiles terrestres de l’adversaire pour qu’il ne puisse pas exercer sa vengeance (retaliation). Ensuite avec les forces restantes, après la première frappe, une seconde salve détruit les postes de commandements et le gouvernement de l’adversaire plus qqs cibles industrielles stratégiques (ports, centrales nucléaires, barrages hydrauliques, etc.).
L’autre scénario est celui du "Tir sur ALERTE" le plus mauvais rôle. Dans ce cas un réseau de surveillance satellitaire, couplé à des radars de périmètres forment ce que l’on appelle le "Earling Warning Network". Ce sera à eux qu’incombera la tâche d’avertir, avec un délai raisonnable qu’une attaque est en cours, de façon à ce que les gouvernants puissent prendre une décision de représailles (dosée). Dans ce cas il n’y a pas de second tir, tout doit être attaqué (dissuasif) dans ce scénario.
Dans ces deux scénarios, les experts unanimes annoncent qu’il y aurait une totale déroute militaire Russe et des dégâts dramatiques pour la nation et la population.
Les USA s’en sortiraient au mieux avec très peu de dégâts militaires et peu d’effet sur la population, l’idée de nation resterait intacte aux USA !
Sévère ; n’est-il pas ?
Oui, m’enfin comme le disent les experts ce n’est qu’une projection théorique, compte tenu des rapports de force militaires aujourd’hui (2007).
Vous comprenez mieux pourquoi, sans vergogne, les USA installent des bases Américaines et Européennes au titre OTAN/OTASE tout autour de la Russie, à leur frontière même. Vous pouvez mieux comprendre la réaction Russe actuellement dans l’affaire des ABM (les missiles ne sont qu’une amusette, mais pas les radars).
Mais alors quel est le doute qu’ont les experts dans ces scénario ?
L’ACCIDENT. Le système de veille qui défaille, un ordre mal compris, une réponse mal interprétée, un cinglé qui veut se venger de n’importe quoi.
Hors, il se trouve que le système Américain de veille est au mieux de sa capacité, les militaires Américains lui font confiance, il est omniprésent. Oui, mais s’il défaille tout de même, qui va douter de lui, je le redis mieux : qui va OSER douter du système d’alerte US qui est si perfectionné ?
En Russie le système de veille est à ce point délabré : satellites en attente de lancement à la date toujours repoussée, un système de navigation satellitaire incomplet (GLONASS), des radars démantelés, souvent en panne ; depuis les militaires Russes ont appris à se passer de l’alerte électronique. On en est revenu aux bons vieux espions humains et à une analyse (subjective certes) de la situation politique mondiale. Dans ce cas l’accident est moins à craindre.
Il est pourtant urgent de prendre des mesures de protection contre l’avis même des militaires. Dans toutes les propositions qui ont été faites, seul le dé-ciblage (de-targeting) est opérationnel. C’est à dire que tous les missiles en état de veille ne doivent avoir qu’une cible idiote en mémoire dans leur système de navigation. La cible définitive leur serait affectée que qqs instant avant le lancement sous contrôle du chef de l’Etat (télécommande du déverrouillage de la bombe).
8/10 impacts d’ogives d’un LSBM Trident-2 à Kwajalein. (Doc USN)
L’autre volet pour minimiser le risque d’accident est le retardement d’un tir sur alerte. C’est à dire qu’une fois l’alerte donnée, il faudrait un délai d’une heure (où plus) pour lancer la représailles (de-alerting). Pas mal comme idée, cela permettrait de prendre son temps pour vérifier le bien fondé de l’alerte. Oui, mais on s’en doute bien, les militaires des deux camps ne veulent pas en entendre parler.
Alors il ne reste plus que le désarmement. Dans un premier temps il faudrait ramener les armes de la première frappe à 500 ogives seulement, dans chaque camp. Oui, mais là aussi les militaires traînent les pieds, mais peut-être que par petits pas cela marcherait.
Marcher, oui mais voilà avec le 11 sept 2001 les USA ont peur, très peur. Les succès des missiles bon marché Nord Coréens que l’on retrouve au Pakistan, en Iran ; avec la quinzaine de bombes atomiques que possède la Corée du Nord, la centaine chez les Pakistanais, et la prochaine bombe Iranienne, les militaires US ont rejoint dans le sentiment parano leurs collègues Russes de l’époque soviétique.
Vous voyez en fait ce n’est pas blanc et noir, c’est gris sur fond gris.
De nos jours les USA alignent 500 ICBM Minutman-III en silos durcis à une seule ogive de 250 kt. Il possèdent 288 LSBM Trident-II / D5 à 10 ogives MIRVées de 100 kt chacune (CEP de 100 mètres) sur 14 sous marins, dont six sont en patrouille actuellement, 6 sont dans des port mais susceptible de tirer leurs missiles (depuis le port).
Le plus puissant des LSBM du monde le Trident II / D5 de l’US-NAVY (Doc USN)
La Russie aligne 85 ICBM R-36 MUTTH en silos durcis à une seule ogive de 450 kt ; 120 ICBM UR-100 idem au R-36 ; 40 ICBM mobiles Topol-M à une ogive de 300 kt ; 279 ICBM Topol en silos à une ogive de 300 kt.
Tête atomique de l’ICBM Russe UR-100 à 4 ogives MIRV. (Doc X)

Elle possède 96 SLBM R-29R à 3 ogives MIRVées de 200 kt et 96 R-29RM à 4 ogives MIRVées de 200 kt montés sur 9 sous marins (aucun en patrouille) et deux ou trois peuvent tirer depuis leur port d’attache.
L’état des sous marins Russes : délabrés ! (doc X)

La Russie met en ce moment la dernière main à un nouveau sous marin équipé du nouveau SLBM Bulava à 6 ogives de 250 kt et CEP de 120 mètres.
Pour finir :
Tout confondu en 2004
La Chine possédait 500 ogives
La France 330
Israël 220
Afrique du Sud ( ?)
Indes 200
Pakistan 100
Depuis 2006
Corée du Nord en possède 12
Iran (sans doute de quoi en construire 2 ou 3)
ATTENTION il est convenu que les ogives doivent posséder des sécurités bien normalisées et par exemple pour la Russie en 2003 elle n’avait que 700 ogives normalisées alors que les USA en avaient 3500 !
Tête atomique d’un Minutman-3 à 3 ogives MIRV. Doc USAF).

La prochaine fois on parlera de l’alerte par moyens satellitaires et radars au sol (La Boum 2).
Pour écrire cet article j’ai utilisé en référence l’édition du Science & Global Security, vol.14:2-3 rédigé par Pavel Podvig en 2006. Cette édition fait quant à elle, appel à une importante bibliographie (les fameux experts). On fait référence à SALT-I et II, Start-1 et 2, INF, TNP, et d’autres que j’ai oublié.
Comme disait le Président Russe N.Kroutchev en 1962, devant le risque de guerre nucléaire :
"Les vivants envieraient les morts" ...