Les radio amateurs ont participé activement à la partie romanesque de l’aventure spatiale.
Cela débute par un bon travail des SWL Américains qui dès l’annonce du lancement de Spoutnik-1 commencent à marauder sur les ondes courtes et certains par chance tombent sur les premiers signaux de Spoutnik-1 en 1957.
Roy Welsh fait écouter à des amateurs les signaux de Spoutnik-1 (Doc Roy Welsh)

En France c’est la station radio officielle de Limour qui capte et rediffuse les signaux que nous écoutons religieusement sur nos postes de TSF.
Cet engouement pour suivre les premiers oiseaux provoque bien des élans pour les OM équipés avec des antennes directives. C’est ainsi que deux radio amateurs Italiens IK1GEK Achille et Giovani-Batista Judica Cordiglia se font remarquer en captant des bribes de communications sur ondes courtes qui semblent s’activer à chaque grandes opérations spatiales soviétiques.
Les frère Cordiglia et l’antenne VHF de leur station 1961.

Il faut dire qu’autant les Américains font un battage médiatique inhabituel à chaque envolée de fusée, autant le lourd silence qui règne en URSS aux mêmes occasions est tout aussi remarquable qu’impénétrable.
Devant la famine des informations Russes au sujet de leur activité astronautique, les journalistes occidentaux en arrivent à courir après n’importe quel bruit de couloir pourvus qu’il ait un semblant de base technique. C’est à cette occasion que se distinguent les deux frères Cordiglia en faisant traduire quelques messages glanés de ci de là, sur leur poste OC (avec bande étallée : BE).
Il ne fait pas de doute que l’augmentation du trafic radio en provenance de Russie peut-être interprétée comme un signe d’une proche expérience spatiale, mais sans certitude. Il est même possible que certains militaires Russes en profitent pour propager de la désinformation ( ?).
De son coté l’observatoire (Ouest) Allemand de Bochum dirigé par le très médiatique Professeur Kaminski s’est aussi spécialisé dans la prédiction d’expériences spatiales Russes, il utilise la même méthode : SWL, suivi de qqs annonces fracassantes qui ont un caractère apparemment officiel et comme pour les Cordiglia, pas toujours bien fondé.
Le matériel radio de l’observatoire de Bochum en 1960.

On ajoutera que pour Kaminski il y a en plus une envie de faire parler de son observatoire pour attirer les crédits d’Etat, bien entendu, et aussi pour faire un peu d’ombre à l’Observatoire Britannique de Jodrel Bank et de son dynamique directeur Sir Percival Lowel qui lui, collabore avec la toute nouvelle NASA pour associer son radio télescope au réseau de suivi des sondes spatiales.
Dans la majorités des cas, les autorités Russes devaient démentir ces nouvelles car en plus d’être crédibles, elles déclenchaient sarcasmes à l’Ouest si l’annonce ne vérifiait pas l’expérience attendue.
N’oublions pas que la Russie était le gros méchant et l’Amérique était la grande gentille dans cette histoire ! En Angleterre des étudiants de la Kettering Grammar School sous la direction du Professeur Geoffrey Perry, font aussi dans l’écoute des signaux onde courte des satellites Russes.
Jeoffray Perry à sa célèbre station radio du Kettering Group 1962.
Ils y ajoutent une astucieuse analyse scientifique associée à une solution de problème inverse pour situer avec précision le site de lancement des satellites militaires, en orbite polaire que nous connaissons maintenant sous le nom de : Centre de lancements de Plesetsk.
Un autre SWL célèbre Sven Grahn de Sollentuna en Suéde qui dès la première heure a fait de l’écoute, et dès qu’il a sû, a ajouté de l’analyse de trajectoires pour les comparer avec d’autres afin de classer les satellites secrets par type.
Sven Grahn un SWL Suédois trés avisé. (Doc de son site)

http://www.svengrahn.pp.se/radioind/radioin1.htm
Même en France d’illustres inconnus comme Pierre Nerinc un autodidacte passionné par la poursuite optique des ballons stratosphériques se converti avec bonheur à la traque optique des premiers satellites et par la suite influe grandement sur les passionnés de poursuite satellitaire mixte : audio et visuelle.
Dans cette veine je rappelle le réseau Bar de Pontieu (un jeune étudiant Belge) qui a organisé une ceinture de géniaux observateurs tout au tour du monde et permet ainsi de donner les paramètres de certains satellites dès plus secrets (1985).
Au final on doit bien un peu de reconnaissance aux frères Cordiglia, à des Perry, Grahn, Kaminski pour nous avoir éveillé sur le fait que derrière la propagande effrénée il y avait une histoire de l’astronautique qui se nourri aussi bien de rêves que d’analyses géométriques, et que je résume par : la rigueur et la poésie.
Un SWL Américain spécialisé dans la traque des Spoutnik.

Nous aurons dignement célébré le cinquantième anniversaire du début de la conquête spatiale en 2007, j’espère que dans cinquante ans mes successeurs se réjouirons des tous premiers pas de l’homme sur Mars, pour la centième du lancement de Spoutnik-1.