AMSAT-FRANCE

Le Chevalier Noir et la Mary Celeste

lundi 3 décembre 2007 par jean-claude.aveni

Le Chevalier Noir et la Mary Celeste.

Regardant d’une "oreille distraite" la rediffusion d’une trés vieille émission TV au temps du noir et blanc, une seule chaine, 825 lignes enfin vous voyez le décor, nous contant une histoire mise en scène par un trio qui allait plus tard devenir célèbre : André Castello, Stellio Lorenzi, Alain Decaux. Le sujet était le mystère du voilier fantôme : La Mary Celeste.

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Le voilier Mary Celeste. (Peinture d’un auuteur inconnu).

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C’était l’histoire de ce trois mats retrouvé errant, vide de son équipage toutes voiles sorties en  1868. C’était un sujet idéal pour finalement captiver mon attention.

Bon, mais revenons à mon sujet hebdomadaire.

Y-a-t-il eu dans l’activité spatiale des mystères non élucidés de ce genre ?

Voyons un peu.

L’aventure spatiale avait débuté il y a 2 ans et 5 mois et elle accaparait encore tous les esprits de ceux qui lisaient les journaux, écoutaient la radio, et encore aussi les rares téléspectateurs.

Le 4 février 1960 les journaux annonçaient que depuis la nouvelle base spatiale de Vandenberg en Californie une fusée Thor Agena avait connu un nouvel échec pour le lancement d’un satellite militaire Discovery, le 9 eme de la série. La cause en revenait au second étage. Par contre, bonne nouvelle pour la Navy, ce même jour un test d’un MSBS Polaris A1 avait été mené depuis un sous marin en plongée et c’était conclu par un succès.

Le 10 février 1969, une nouvelle circulait dans les rédactions de tous les journaux du monde occidental, elle était même diffusée sur les chaines d’information de la radio TSF.

"L’US-Navy annonçait que ses radars avaient repéré un mystérieux satellite en orbite terrestre". Par une hasardeuse procédure, elle avait même évalué la masse du satellite à 15 tonnes !

Il faut dire qu’en ce début de l’année 1960 les masses satellisées étaient de l’ordre de 1500 kg en URSS et aux USA de l’ordre de 450 kg au mieux. Alors vous pensez un satellite de 15 tonnes cela choquait les esprits, même des plus distraits.

Autre bizarrerie, le satellite s’était inscrit sur une orbite dite rétrograde ce qui serait une première pour le moins. Je ne me souviens plus de l’inclinaison négative sur l’équateur, mais pour assumer une orbite rétrograde, il fallait déjà maîtriser l’orbite polaire, et à cette époque seule l’Amérique l’avait fait avec justement les satellites Discovery dont on avait perdu un exemplaire six jours plus tôt.

Pour suivre les satellites à la trace, et comme les radars n’étaient pas encore bien adaptés à cette traque, les USA et l’URSS avaient monté des réseaux d’observation optique dont le Moontrack était l’exemple Américain. Ce réseau était constitué d’énormes caméras du nom de Baker-Noon ( ?) et il était complété par une multitude de petits observatoires servis par des bénévoles, souvent des étudiants. Tout ce petit monde scrutait le ciel nocturne et relevait la trace des satellites sur fond d’étoiles et l’heure pour qu’ensuite ces données alimentent un ordinateur chargé de calculer ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de paramètres orbitaux.

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Première liste des satellites lancés qui se trouvait au NORAD. (Doc USAF 1961)

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Justement le problème de cet énorme satellite c’était sa furtivité, il était invisible à l’observation optique.

"Tzan Tzan Tzan Tzan"...

La seule explication pour justifier son invisibilité ne pouvait venir que du fait qu’il devait-être peint en noir (en noir).

Un satellite géant, si discret qu’il en était indétectable aux instruments optiques, et qui était sur une orbite inédite, enfin sans aucune revendication de paternité émise. Il fut de ce fait rapidement baptisé : "Le Chevalier Noir" [Black Knight].

Tout le monde levait les yeux au ciel en ce demandant s’il n’était pas là, au-dessus de nos têtes, prêt à nous lancer un quelconque maléfice.

"Brrrrr"

En fait, en demandant à la Navy une confirmation de l’existence de ce monstre, peut-être venu d’un autre monde pour surveiller nos expériences atomiques ou pire, lancé par ces si méchants Russes, celle ci nous confirma que l’observation radar avait été faite par des stations que nous connaissons tous de nos jours, le fameux US Naval Space Surveillance System le NSSS.

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Le réseau radar de la NAVY NSSS. (Doc US Naval 2007)

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Pourquoi nous connaissons ces radars , Et bien c’est à eux qu’avait été dédié le petit nanoSat RAFT-1 (Nav-Oscar-60) qui était chargé de servir de petit transpondeur pour ces radars, histoire d’affiner les Two Lines bien connues, avant d’être affecté à notre service AMSAT.

Mais revenons à notre mystère.

Ce sont ces radars, installés au Sud des USA et qui étaient couplés à la BMEW et au NORAD qui avaient bien détecté le Chevalier Noir.

Petit problème ; si les radars de la Navy avaient bien vu ce gros satellite, l’USAF qui était tout aussi bien dotée en matière de radar avouait n’avoir rien détecté. Rappelons que les radars de l’USAF formaient le gros de la BMEW au NORAD. Il y avait là comme un malaise côté sécurité et alerte aux USA.

Le coup de grâce.

Radio Moscou, qui nous jouait elle aussi sa petite musique de propagande, celle des pays de l’Est, annonça tout de "go" que ces derniers temps l’URSS n’avait procédé à aucun lancement de satellite en orbite terrestre ou lunaire !

Ce mystère du Chevalier Noir a perduré comme ça un bon moment jusqu’à ce qu’un journaliste Américain nous fasse remarquer qu’au moment de la détection de ce satellite inquiétant le Congres Américain discutait de la répartition des crédits pour la défense et que la concurrence était sévère entre les Armes. La Navy avait de gros besoins et qu’il ne fallait pas "mégotter" sur ses crédits. Aussi bien ce satellite n’aurait été qu’un "Hoax" (canular) destiné à "foutre la trouille aux Congressistes" et les rendre plus compréhensif à l’égard de la Navy.

Cette explication a finalement été crédible et le Chevalier Noir a quitté, si non son orbite, en tous les cas les faits divers de nos journaux.

Mais au fait, est-ce bien là l’explication finale, puisqu’aussi bien les radars de la Navy étaient au Sud des USA et que l’USAF était assez démunie dans ce secteur, comment pouvait-elle avoir la certitude de la non existence du Chevalier Noir le 10 février 1960 ?

Mystère.

Trois jours plus tard, le 13 février 1960 au Sahara, à Reggan, avait lieu la première détonation atomique Française. La bombe "Gerboise Bleue" de 40 kt (TNT) montée sur un pylône de 100 mètres de haut installait la France dans les puissances atomiques.

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Pas de tir Gerboise Bleue à Reggan. (Doc Armée Française 1985)

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X-Files-ment vôtre :-)


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