Une incroyable chance.
Voilà, avec Apollo-13 nous n’étions pas passés loin du drame absolu. C’est vrai, si l’explosion qui a détruit le Service module de la mission Apollo-13 s’était produit alors que les astronautes étaient sur la Lune, ils y seraient toujours. Bon, vous connaissez la suite de l’histoire le film Apollo-13 de Ron Howard 1995 en rend compte avec fidélité. Certes si la chance n’est pas mise en valeur dans ce film, elle y est pourtant l’argument majeur. On ne retient de cette aventure que la simulation, sur les grands ordinateurs au sol de la NASA, du retour du command module d’Apollo-13 avec les 3 astronautes. C’est un hymne à la technologie Américaine, et c’est tout à fait réel.
Que dire alors du retour de Soyouz-TMA-11 le 19 avril 2008 à l’issue de la mission Expedition-16 ?
Lancé le 10 octobre 2007 Soyouz TMA-11 emporte vers l’ISS l’équipage d’Expedition 16 avec la Cdt Peggy Whitson (NASA), l’ingénieur de bord Yuri Malenchenko cdt du Soyouz (RKA) et Muszaphar Shukor un cosmonaute Malaisien ce dernier pour un vol de courte durée. Peggy Whitson et Malenchenko passeront six mois en vol orbital sur l’ISS puis, rejoints vers la fin de leur mission par la cosmonaute Sud Coréenne So Yi Yeon ils procèderont au retour sur terre le 19 avril 2008.
L’équipage Exp 16 Sukhor, Malenchenko Whitson sur le Soyouz TMA-11. (Doc RKA 2007)
Entre temps un Soyouz de relève, le TMA-12 aura rejoint l’ISS avec l’équipage d’Expedition-17 conduit par le Cdt Sergei Volkov et de l’ingénieur de bord Oleg Kononenko accompagnés justement par la Sud Coréenne So Yi.
Le 19 avril Soyouz TMA-11 quitte le port d’amarrage de Zvezda (ISS) et commence son voyage de retour. Le taxi Soyouz, comme aiment le désigner les Américains, et c’est
très flatteur de leur part, est constitué de trois modules :
Un module d’habitation qui n’est pas destiné à revenir sur Terre,
Un module de commande où se trouvent les trois cosmonautes et qui lui, protégé par un bouclier thermique, revient sur Terre,
Un module de service non protégé qui ne revient pas sur Terre mais assure la motorisation du module de commande.
Cet attelage se scinde en trois morceaux ; le premier, le module d’habitation, puis après orientation et freinage par rétrofusée, largage du module de service, et enfin guidée par un automate, les Russes préféraient ce terme, le module de commande avec son bouclier thermique offrant sous un certain angle d’incidence une légère portance qui a pour conséquence d’adoucir la décélérations et d’allonger le trajet pour viser un point de poser trés précis. Pour vous donner une idée, Soyouz se pose dans un cercle probable d’un diamètre égal à la longueur de la piste où se pose la navette US au Kenedy Space Center du Cap Canveral !
Largage confirmé du module d’habitation, allumage des rétrofusées et orientation du vaisseau, largage du module de service, et et et, mauvais. Le module à moitié séparé sans doute resté attaché par un boulon explosif non détonné et voila le vaisseau qui change d’orientation et commence sa rentrée atmosphérique à l’envers, c’est à dire pointe avant de la cabine en premier qui elle n’est que faiblement protégée de la chaleur.
Soyouz-TMA-11 entame sa rentrée à l’envers. Ils en sortiront vivants ! (Doc Tézio FCS 2008)
A l’avant se trouve l’écoutille d’accès à la cabine des cosmonautes, la trappe des parachutes, les antennes radio, qui fondent instantanément, de toute façon il n’y avait pas de contact possible, Soyouz était en plein "blackout radio".
La fin de l’équipage est proche, si l’écoutille se perce le plasma (2000°) va entrer dans la cabine et va hotter la vie des cosmonautes. Tout chauffe, et par chance le dernière retenue lâche enfin, le module de service s’éloigne, le frottement et la forme particulière du module de commande fait qu’il se redresse, le bouclier thermique va enfin jouer son rôle, la partie avant du vaisseau se refroidi vite, le programme de secours oriente à minima Soyouz et la rentrée se poursuit en mode dit balistique, c’est à dire sans chercher la précision, faisant au plus court, mais aussi au plus violent.
Huit g et demi ; pour Peggy et Yuri c’est l’enfer, ils ont passé six mois en micro pesanteur et les voilà sous 8.5 g ; un assommoir. Pour So Yi ce serait mieux, mais son entrainement sol à minima ne l’a pas rompu aux fortes accélérations, c’est très dur pour elle aussi. Chance encore, la chaleur n’a pas abimé le container des parachutes ; ils s’ouvrent dans le bon ordre, Soyouz est sauvé. Il se pose dans une zone non prévue, il y a sans doute du vent, dernier freinage pyrotechnique avant le contact au sol, mais la cabine touche de côté la terre, du côté du siège de So Yi Yeon. Le choc est violent pour elle, puis, plus rien. Posés, et vivant...
Malenchenko préfère rester assis en attendant de l’aide, on peut le comprendre. (Doc RKA 2008)
Malenchenko qui est sur le siège du milieu, sort le premier péniblement, puis So Yi encore plus difficilement, et enfin un peu mieux Peggy. Les secours arrivent vite, les voilà de retour à Moscou, puis qqs jours plus tard chaque membre de l’équipage rejoint son pays : Peggy Whitson aux USA, So Yi la Corée du Sud, Yuri Malenchenko reste chez lui. A sa première conférence de presse So Yi a un malaise, elle souffre et cela nécessite une rapide hospitalisation, c’est le temps des rumeurs.
La RKA enquête avec son habituelle discrétion et il faut pourtant savoir vite car "la haut" sur l’ISS le nouvel équipage d’Expedition-17 regarde par le hublot avec suspicion, arrimé au port de Zvezda, le Soyouz TMA-12 qui devra dans six mois les ramener sur Terre.
Enfin le doute est levé, Peggy fait une conférence de presse et confirme ce scénario dramatique. Cette version est la bonne, et Soyouz TMA-12 est en place comme chaloupe de secours sur l’ISS (pas bon pour le moral).
Mais au fait comment cela c’était passé pour Soyouz TMA-10 le 21 oct 2007 ?
Lui aussi avait fait une rentrée balistique, mais lui il la devait à un bug informatique,le Soyouz était entré en mode de secours sans raison et l’équipage avait aussi été secoué, sans heureusement passer par la crise de TMA-11. Les Soyouz TMA n’étaient pas tous fragile, mais Soyouz TMA-1 avait lui aussi le 4 mai 2003 basculé, sans raison, en mode balistique de sauvegarde et l’astronaute Américain Don Petit avait un été peu commotionné.
En conclusion, sans vouloir plagier un groupe de chanteur français d’après guerre : les "Frères Jacques" dont une chanson disait "encore heureux que la Marie Jeanne fût un bon bateau", on peut dire aussi dans ce cas encore heureux que le Soyouz fût on bon vaisseau ; car subir ce qu’il a affronté et en sortir, relève d’un bon choix technique des Russes et d’une construction robuste ; pour sûr !
Mais la CHANCE a joué aussi un grand rôle dans cette affaire, et nous espérons que Soyouz TMA-12 (qui attend son tour pour dans six mois) en ait tout autant.
Le Soyouz TMA12 arrive sur l’ISS (peut-être porteur du même problème. On verra en novembre 2008. (Doc RKA 2008)