Ce que nous savons :
Photographies satellitaires de Digital Globe faisant la référence ; où on voit un pas de tir sur le complexe de Musudan-ri avec une fusée du type Taepo Dong-2 couchée, remplissage des réservoirs de carburant en cours le 3 avril 2009.
Proche de son pas de tir la fusée mystérieuse est couchée attendant son érection (Doc DigitalGlobe 2009).
Tout cela semble avéré et cohérent.
Le 5 avril 2009, la Corée du Nord (DPRK) annonce qu’elle a mis en orbite son second satellite, Kwangmyungsung-2 qui a été lancé par la fusée Unha-2 depuis le centre spatial de Musudan-ri. Le petit satellite orbiterait désormais en 490*1426 km incliné sur le plan de l’équateur terrestre à 40°6. Ce qui, à mon avis, nous donne un temps de révolution d’environ 120 minutes.
La fusée mystérieuse : Taepo-Dong-2 ou Unha-2 suivant la charge montée au sommet de l’engin ! (Doc C.P.Vick 1996)

Puis arrive toute une série de nouvelles contradictoires venant de la Corée du Nord (DPRK) nous faisant entendre un signal audio de son satellite diffusant une chanson à la gloire de leur Chef d’Etat sur la fréquence de 470 MHz ; un autre communiqué de la Corée du Sud (sa voisine) confirmant le lancement d’un satellite (on ne parle plus d’un missile) ; la Russie donne un communiqué du même genre parlant d’un satellite et pas d’un missile ; un communiqué de Tokyo parle du lancement raté d’un ICBM, mais aucun débris ne serait tombé sur le pays du soleil levant. Enfin les USA envoient un communiqué dans le même sens, il s’agit d’un missile qui aurait échoué dans sa mission. Le reste de l’Occident s’aligne sur ces deux derniers communiqués. En fin de journée les informations s’unifient.
L’installation de lancement de Musudan-ri, pas de tir Unha-2. (Doc C.P.Vick 2004)
Le NORAD ne confirme pas de mise en orbite de satellite, que la présidence Américaine convertit en échec du lancement d’un satellite par un missile ICBM Taepo Dong-2.
La nuit se passe et aucun radio amateur dans le monde ne confirme la réception d’un signal radio satellitaire sur la fréquence de 470 MHz.
Le 6 avril, la situation est devenue la suivante, il semble que la fusée Unha-2 (ou missile ICBM Taepo Dong-2) aurait subi une défaillance, de son second étage qui se serait arrêté trop tôt et il aurait entrainé à la mer le troisième étage et le satellite. La Russie se replie sur des considérations de Droit spatial, suivit en cela par la Chine, alors que le Japon, la Corée du Sud et les USA déposent plainte à l’ONU pour utilisation de missile violant le traité de non prolifération (TNP).
Dans sa protestation le Japon rappelle que le survol de son territoire par la fusée est dès plus dangereux car au cap 90°5 la fusée ne passe pas loin de la ville de Yokohama, la protestation semble cohérente d’autant que la chute du second étage de la fusée aurait bien pu se faire sur la partie la plus large de l’archipel nipon. C’est à cette occasion que l’on parle d’un lancement au cap 90°5 depuis Musudan-ri !
Le 7 avril la société Digital Globe, qui alimente la société privé Google Earth en photo de la planète, diffuse un document étonnant (qu’elle déclare déclassifié) on y voit la trace de la fusée depuis son pas de tir jusqu’au franchissement de la côte Nord Coréenne.
En bas à gauche le pas de tir de Musudan, en haut à droite la trace de la fusée photographiée par chance par DigitalGlobe. (Doc DigitalGlobe 2009)

En jouant facilement de Google Earth et d’autres outils de traitement d’images, on s’aperçoit que l’histoire est loin de ressembler aux rumeurs qui courent sur la toile à ce sujet.
En prolongeant la trace de Musudan-ri on voit que la fusée n’a pas survolé de terre habitée, puisqu’elle ne fait que du survol au dessus de l’eau.
La route de la fusée, bien loin de celles des rumeurs
occidentales. (Doc de l’auteur + Google Earth 2009)

En quittant la côte de la DPRK la fusée qui est partie au cap 40° environ est passée, après un trajet de 274 km, au large de Vladivostok la grande ville Russe de l’extrême Est, puis elle a longé à une cinquantaine de kilomètre le rivage Russe vers Sakaline, puis, très précisément, le tracé mer de la fusée l’a fait passer entre Sakaline (Russie) et le Japon par le Détroit de Soya où, si les communiqués sont vrais, elle serait tombée (1070 km). D’ailleurs dans un communiqué le Japon disait qu’il envoyait des bateaux tenter de récupérer des débris de la fusée, ce qui serait facile à cet endroit, facile pour les Russes aussi d’ailleurs.
La route non officielle mais cohérente avec la photo de DigitalGlobe. Elle reste secrête pour le moment. En bas à gauche Musudan, Chute du premier étage travers Vladivostok ; crash du second étage 1070 km plus loin ( ?). (Doc de l’auteur et Google Earth 2009)

Le 8 avril la Russie et la Chine opposent leurs vétos à la résolution de l’ONU devant condamner la DPRK, véto justifié par le fait que la Corée du Nord avait bien procédé à un essai de lancement de satellite (qui avait échoué) mais qui se justifiait parfaitement. Dans ce vote on admettait que la Corée du Nord n’avait pas expérimenté de missile, et qu’elle avait échoué dans la mise à poste de son second satellite.
Le gouvernement Nord Coréen ce même jour présentait au public le film du tir de la fusée Unha-2 qui portait manifestement une livrée civile blanche, avec en rouge le nom du pays. La fusée semblait bien dédiée à un lancement de satellite par le fait qu’un troisième étage semblait faire partie du montage, et qu’à de très rare exception un ICBM possède trois étages alors qu’un lanceur de satellite en a le plus souvent trois ou quatre. L’azimut de tir 40° est bien une route satellitaire, mais par un point comme Musudan-ri on peut bien si on le veut envoyer un missile sur une infinité de routes, si l’on oublie la diplomatie et la sécurité.
Mise à feu du Unha-2 le 5 avril 2009. (Doc AP 2009)

Conclusion.
Même si la Corée du Nord continue à fêter le lancement de son second satellite, il semble probable que nous avons assisté à un échec de lancement de satellite et non de missile ICBM (sans en être totalement certain). Je vous rappelle que pour le premier satellite de la DPRK, il semble que la thèse de la défaillance du lancement n’ait servit qu’à cacher un réel lancement de missile Taepo Dong (mais là aussi sans en être certain).
La fusée Unha-2 emportant le satellite de la DPRK s’élance dans le ciel clair de Musudan-ri. (Doc AP 2009)

Je vous rappelle qu’il y a peu l’Iran avait procédé au lancement d’un satellite dans les mêmes conditions que la DPRK, et là le NORAD (organisme Américain) avait confirmé assez vite le succès du lancement.
Unha-2 (alias Taepo-Dong-2) monte vers son crash à Sakaline ( ?). (doc AP 2009)

Ces deux pays qui sont parfaitement infréquentables, ont pourtant bien le droit d’accéder à l’espace. D’ailleurs ils ne nous demandent pas notre avis.
Vous arrivez à y croire à cette histoire ?